INHABITUEL. Reims : une œuvre réalisée avec des menottes vendue aux enchères pour les Restos du Coeur

2021-11-16 22:41:50 By : Ms. Termein tdp

C'est une vente aux enchères qui sort de l'ordinaire. L'artiste champenois Maât offre au plus offrant une œuvre entièrement composée de menottes. Le montant de la vente sera reversé aux Restos du Cœur.

« Cette œuvre fait partie d'une série que j'ai nommée Utopia, explique Maât. C'est une série où j'assemble des pièces identiques. Ici, j'ai soudé 50 paires de menottes une à une. Il s'agit de véritables menottes appartenant à la gendarmerie et à la police, fournies par la Direction de l'Equipement et de la Logistique de Metz. On ne récupère pas ce genre de matériel si facilement. La procédure devait être validée par le ministère de l'Intérieur. D'ailleurs, on ne m'a pas donné les clés qui vont avec ! "

Maât, dont le pseudonyme fait référence à la déesse de la justice et de la vérité dans la mythologie égyptienne, a été décoré chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en décembre 2020. « Comme nous étions en plein confinement, raconte le sculpteur. , je devais trouver un moyen de marquer l'occasion différemment. C'est pourquoi j'ai souhaité organiser cette vente aux enchères au profit des Restos du Cœur. "

Du 17 novembre au 17 décembre, les acheteurs potentiels peuvent faire leur offre directement en ligne. « Le prix de départ est de 10 000 euros, précise Maître Thierry Collet, commissaire-priseur à la maison de ventes Porte de Mars à Reims, mais nous espérons que les acheteurs seront généreux. L'art contemporain intéresse beaucoup les collectionneurs, et puisqu'il s'agit d'une vente pour une bonne cause, c'est un double avantage. "

La vente est ouverte à tous. Il vous suffit de faire une offre via le site inter-enchères. « Comme il s'agit d'une vente caritative, ajoute Maitre Collet, j'ai décidé de ne prendre aucun frais de vente. Je travaillerais donc pour cette vente gratuitement, tout comme l'artiste. 

Le sculpteur de 67 ans est spécialisé dans le travail du métal. Elle crée des œuvres contemporaines, aux formes humaines mais aussi abstraites. «Au début, je me suis essayée à la sculpture sur bois et sur pierre», dit-elle. Mais je me suis vite ennuyé. Ce sont des matériaux rigides et restreints. Le métal est beaucoup plus malléable, il y a beaucoup plus de possibilités. Vous pouvez le presser, le faire fondre, lui donner n'importe quelle forme avec la chaleur. Et puis c'est varié, il y a l'acier, l'inox, le cuivre… Je peux laisser libre cours à mon imagination".

Maât possède une ferme près de Reims où elle stocke ses œuvres une fois terminées. Mais elle travaille dans toute la Champagne-Ardenne : « Pour travailler le métal, j'ai besoin d'outils adaptés que l'on ne trouve que dans les usines. Je travaille donc avec différentes entreprises industrielles de la région qui me laissent utiliser leur matériel. Je change de lieu de travail selon mes besoins, et j'ai plusieurs sites pour ne pas encombrer les commerces ou monopoliser une machine. "

"Je veux que les gens qui voient le travail décident eux-mêmes de ce qu'il dit"

Ce n'est pas la première fois que Maat utilise des menottes dans l'une de ses œuvres. « La première fois, c'était un processus très différent, explique l'artiste. J'ai compressé plusieurs paires de menottes ensemble, puis je les ai entourées de résine pour former de petites tours Montparnasse. Cette fois, j'ai soudé les menottes ensemble, sans compression. Vous pouvez les voir plus clairement. "

Malgré le symbole fort des menottes, souvent associé à la privation de liberté, Maât ne souhaite pas faire passer un message précis à travers son œuvre : « L'idée est que chacun se l'approprie. Ce n'est pas à moi d'imposer ma vision. Je veux que les gens qui voient le travail décident eux-mêmes de ce qu'il dit ».